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J’intervenais samedi pour Europe Écologie-Les Verts en tant que médecin de santé publique à une table-ronde en présence de Sarah Soilihi (LFI), Eric Beynel, Philippe Poutou (NPA), Pierre Dharréville (PCF).

 Mon diagnostic est accablant : 

Notre système de soin souffre d’une inéquation aigüe entre le besoin d’intervenir en amont des maladies et les moyens principalement curatifs mis en place.

Les premières causes de mortalité sont aujourd’hui les maladies cardio-vasculaires (33%) et le cancer (27%), et ces progressions ne sont pas dues uniquement au vieillissement de la population, comme on l’a affirmé pendant longtemps.

Chaque année, toujours plus de jeunes et d’enfants sont touchés par les cancers, le diabète de type 2 (diabète des gros ou diabète sucré) atteint des personnes de plus en plus jeunes,…

Les allergies, l’asthme, l’obésité explosent. Il y a une forte progression des maladies d’Alzheimer et de Parkinson, une augmentation fulgurante des risques psychosociaux.

Ces maladies dites « de civilisation », corrélées aux modes de vie et à l’environnement progressent de plus en plus vite alors que les facteurs de risque de ces maladies sont connus: Les facteurs de risque des maladies sont la pollution, la malbouffe, la sédentarité, le stress, les perturbateurs endocriniens, les pesticides, … Ce ne sont que des questions d’écologie, de relation entre l’humain et la nature. C’est là que le problème devient vraiment politique et écologiste.

Ce qui est douloureux, de mon point de vue, c’est qu’en fait la plupart de ces maladies seraient évitables. La plupart de ces maladies font partie de ce qu’on appelle les maladies chroniques.

Ce qu’il faut savoir c’est que 80% des maladies sont chroniques, il n’y a donc que 20% de maladies aigües et pourtant, tout est organisé pour la prise en charge de la maladie aigüe.

Ces maladies, comme je l’explique à mes patients, sont contrairement à des maladies aigües, des maladies avec lesquelles ils vont devoir apprendre à vivre, comme un couple duquel on ne peut divorcer.

C’est pourquoi, la question politique qu’il faut se poser est : Est-ce que notre système de santé est adapté à la prise en charge de ces maladies chroniques? Non, bien évidemment, non…

Notre système de soin souffre d’une inéquation aigüe entre le besoin d’intervenir en amont des maladies et les moyens principalement curatifs mis en place.

L’ère de la première révolution de santé publique dans les pays riches a consisté à lutter contre les maladies infectieuses. On a vu les grandes épidémies maitrisées par l’hygiène et l’assainissement des eaux bien avant l’arrivée des antibiotiques et des vaccins. Ce qui ne diminue en rien l’apport exceptionnel et utile de ces moyens de traitements et de prévention, les causes des maladies ont radicalement changées en un siècle.

Mais aujourd’hui on est au bout d’un système. Ce modèle du « tout-curatif », c’est un peu comme des pompiers qui viennent éteindre l’incendie. On doit plutôt arrêter l’incendiaire.

En tant qu’écologiste, je prône une autre politique de santé, qui soit moins centrée sur le médical-curatif ou l’hôpital. Une politique de santé plus globale. Il faut sortir du système de soins actuel pour entrer dans un système de santé plus intelligent, plus étendu, plus complet : il faut aborder la santé physique et psychique sur le plan curatif ET préventif, en lien avec la santé sociale et la santé environnementale. Ce sont les piliers d’une politique de soin du 21ème siècle, et on en est loin, car on manque de courage politique à accepter d’agir en amont.

Que doit-on faire concrètement ?

En ce qui concerne ces maladies, dont on vient de parler, le meilleur moyen pour mieux gérer leur prise en charge est avant tout d’essayer de les éviter. Car la santé passe par une politique de prévention efficace, indépendante de la pression des lobbies.

La santé est une politique transversale qui devrait être prise en compte dans toutes les politiques publiques :

✅ Promotion d’une alimentation diversifiée, saine accessible à toutes et à tous, exemptes de pesticides et qui passe par une politique agricole qui soutient les petits agriculteurs en bio, génératrice d’emploi local et de bonne santé et non les grosses exploitations qui utilisent pour leur rentabilité des intrants toxiques, favorisant les leucémies et les cancers du sein ;

✅ Une politique de promotion et d’éducation à la santé en s’appuyant sur les instances régionales de promotion de la santé, la santé scolaire, la PMI…et lutter contre les lobbies de l’agroalimentaire.

✅ Une lutte contre la pollution de l’air et de l’eau et les pollutions électromagnétiques.

✅ Mettre en place des politiques d’hygiène, au niveau individuel et au niveau structurel et global : résoudre la question de l’insalubrité des logements, des passoires énergétiques et des factures d’énergies trop élevées, en finir avec le sans-abrisme, une meilleure éducation à la prévention des risques.

On est au bout d’un système. On a fait de l’hôpital une entreprise commerciale.

Ce qui m’amène au deuxième sujet, brûlant d’actualité : l’hôpital et la souffrance du personnel.

Car pour une politique publique de santé globale telle que je l’ai décrite, il faut un hôpital complètement différent de celui d’aujourd’hui, et complètement différent de celui que Emmanuel Macron est en train de développer.

On est au bout d’un système. On a fait de l’hôpital une entreprise commerciale.

En faisant cela, on met le personnel et les patients en souffrance.

La consigne est d’augmenter l’activité. Comment ? En augmentant le nombre de séjour et avec une diminution de la durée de ces séjours pour qu’ils soient rentables.

Dans cette logique, on a 2% à 3% d’augmentation d’activité dans les hôpitaux. mais on est dans une politique de contraintes budgétaires donc on doit aussi maitriser les dépenses, donc on baisse les tarifs… et pour ça on n’augmente pas les salaires du personnels, les infirmières qui partent à la retraite sont remplacées qu’au bout de 6 mois, on ne remplace pas en congé de maternité.

Il n’y a plus de formation pour le personnel soignant, il manque de personnel ! On a de moins en moins de personnel et de plus en plus de travail.

Alors qu’est ce qu’on fait ? On mutualise !! Les infirmières passent d’un service à l’autre, deviennent polyvalente. Où est le métier là ? Le sens du métier ?

Il n’y a plus de réunion de service, il n’y a plus de service. Les infirmières sont sur plusieurs services à la fois, et les jeunes médecins ne veulent plus rester à l’hôpital travailler dans ces conditions.

En fait, pour répondre à des serrages de ceinture budgétaires et un objectif de rentabilité aveugle des besoins, la politique du gouvernement est d’adapter l’activité au tarif et non l’inverse, c’est un scandale.

Pour résoudre la question de la souffrance du personnel et des patients, il faut un hôpital qui soit organisé de la prévention à l’accompagnement du patient, plutôt que d’être «tout-curatif».

Si l’hôpital fonctionne bien sur un point aujourd’hui, c’est pour les maladies aiguës standardisées, on est très performant pour un infarctus du myocarde par exemple, une crise de colique néphrétique, une cataracte….

Par contre pour les maladies chroniques comme le diabète (il y en a plus de 3 millions en France), le cancer, les démences, la fin de vie…enfin toutes les maladies chroniques, ça ne marche pas.

Quand je parle de prise en charge de maladie chronique, je prends l’exemple d’un médecin qui consulte un diabétique, la consultation aussi bien à l’hôpital qu’en ville dure longtemps.

Ce n’est pas qu’une question de prescription médicamenteuse banale comme dans le cadre d’une maladie aigue. C’est échanger avec le patient sur la nécessité d’une modification de son mode de vie, une alimentation a équilibrée, une activité physique à mettre en place, des signes de gravité ou de déséquilibre à lui faire comprendre afin qu’il puisse réagir sans se mettre en danger, éventuellement des injections d’insuline à apprendre. C’est du temps, trop de temps pour l’hôpital !

L’administration refuse ce type de prise en charge et c’est là que nous faisons fausse route.

Que devons-nous faire ?

✅ On doit recréer des équipes médicales et adaptre le financement au type de soins.

Tout ça se travaille avec les professionnels de santé : dotations pour les maladies chroniques, prix de journée, tarification adaptée à l’activité ou à la période de soin ou au séjour.
Retravailler en équipe est aussi un gage de qualité, pouvoir réunir des gens afin de discuter sur ce qui est fait ou doit être fait.

Il faut avoir des équipes stables : si on utilise des intérimaires qui passent d’un service à l’autre et font des transmissions écrites, ce n’est pas stable.

Il est primordial de garantir l’accessibilité financière aux soins pour tous.

Certaines mesures actuelles remettent en question le système de la sécurité sociale avec une montée en puissance du système privé de mutuelle sous la pression des lobbies.

Le récent accord entre partenaires sociaux sur le travail prévoit une aide à l’accès des salariés à des mutuelles, ce qui du coup favorise les dites mutuelles donc les assurances privées.

Sous couvert de permettre aux personnes précaires de plus facilement accéder aux mutuelles, on détériore la sécurité sociale et on renforce notre dépendance individuelle et financière aux mutuelles.

Renforcer les mutuelles aux dépends de la sécurité sociale remet en question le système public d’assurance maladie et l’égalité d’accès aux soins.

Or il est primordial de garantir l’accessibilité financière aux soins pour tous. Pour cela, il faut…

✅ Lutter contre les déserts médicaux par le développement de maison de santé pluridisciplinaires ;

✅ Mettre en place une politique de prévention des dépendances car l’usager de drogue n’est pas un délinquant. Il faut une légalisation contrôlée, autoriser la vente de cannabis aux personnes majeurs car on a pu constater l’inefficacité et le coût exorbitant de la prohibition.
Il est nécessaire aussi de sortir de la main mise de la santé par l’industrie pharmaceutique

✅ En continuant et en approfondissant la promotion des médicaments génériques ;

✅ En assurant aux médecines non conventionnelles, les mêmes règles que celle de la médecine officielle;

✅ En restructurant le système de sécurité social sans céder à la tentation de la privatisation (lire Michèle Rivasi : http://www.lespetitsmatins.fr/collections/le-racket-des-laboratoires-pharmaceutiqueset-comment-en-sortir/). Près de 10 milliards d’euros d’économies sont réalisables.

 

Et c’est ensemble, à gauche, que nous devrons nous retrouver pour changer notre système de santé, passer d’un système de soins obsolète, inadapté, destructeur à un système de santé global ou l’humain est au centre , les patient, les citoyens, les professionnel.

Oui à la prévention et aux soins au service de la population, non à une rente pour les industriels de la santé.

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